L'abbaye aux parfums de rose et de lys

 

    ABBAYE ROYALE DE CHAALIS, MUSÉE JACQUEMART-ANDRÉ. ATELIERS DES PARFUMS. ROSES. PRÉSENCE DE ROUSSEAU ET DE NERVAL. PARCOURS PÉDAGOGIQUES
Sous la direction de monsieur Jean-Pierre Babelon, membre de l'Institut de France, président de la Fondation Jacquemart-André.

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Abbaye de Chaalis , château et ruines

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La restauration des fresques de Primatice est terminée.Venez découvrir cet ensemble unique en France, le second week-end de juin 2009, lors des Journées de la Rose.

Deux pierres gravées et des éléments de pavement sur le site de l’église abbatiale de Chaalis

mar élèves - copie.JPG (26094 octets)

Circonstances de l’invention 

Pendant l’année scolaire, une classe à P.A.C.patrimoine du collège de Nanteuil a travaillé sur l’architecture de l’abbatiale (modélisation des piles et des ouvertures, construction de maquettes) et sur les problèmes liés à la conservation du patrimoine (nettoyage des chapelles latérales et signalétique de prévention).

  Dans la seconde chapelle latérale méridionale, des élèves ont découvert en surface, deux monolithes gravés sur 5 faces. Après le nettoyage de l’aire pour la débarrasser des débris végétaux (entre autres éléments parasites), le sol de la chapelle a été nivelé puis recouvert d’un gravillon de type " tout venant " de 10 centimètres d’épaisseur en moyenne. Dans les jours qui suivirent la découverte, il apparut nécessaire de procéder à l’extraction desdites pierres pour les mettre à l’abri des comportements peu respectueux de certains visiteurs.

.mar plan église - copie.JPG (28416 octets) mar chapelle trouvaille.JPG (18515 octets)
Plan de l’abbatiale de Chaalis

  En foncé, les structures ou les substructures encore visibles. À noter l’absence, sur le plan, des passages latéraux permettant aux officiants de se rendre vers les autels orientés des chapelles occidentales des croisillons du transept

Chapelle latérale où se trouvaient les pierres gravées

 

 

 

mar deux pierres gravées couchées.JPG (28344 octets)

  Les deux pierres sont inclinées à 20° environ et leur partie supérieure est appuyée sur un muret de pierres sèches qui double le mur de fondation méridional de la chapelle. Les moellons sont de petite taille (entre 10 et 15 cm) et grossièrement empilés.

 

Mar pierre marelle.JPG (35405 octets)

  Partie supérieure de la pierre la plus à l’est. Tous les éléments graphiques n’apparaissent pas sur cette photo in situ car une pellicule de terre obture encore de nombreux sillons comme par exemple des arcs aux sommets du carré le plus grand.

Dans la partie centrale et dans la partie inférieure, on peut distinguer un motif identique à celui de la partie supérieure mais il est réalisé très maladroitement et surchargé de nombreux traits.

mar terre fouille.JPG (21878 octets)

  La partie inférieure des pierres se situait à 40cm sous le niveau actuel du sol avant gravillonnage.La coupe présente un mélange d’humus, de sable, de pierres de petites dimensions et de carrelages de céramique de différentes dimensions.

 

mar chant trait verti.JPG (15694 octets)

  Les pierres sont gravées sur 5 faces.

Ex : chant de la seconde pierre, située à l’ouest de la première. Il présente de nombreuses formes géométriques : cercles dont le centre a été fortement marqué par la pointe du compas, lignes parallèles et triangles, étoile…

NB. Décalage de la partie supérieure dû au photomontage.

mar pierre dessus.JPG (14357 octets)

  La dernière face (face inférieure) est équarrie grossièrement au pic de carrier.

mar chant gravé.JPG (15879 octets)

  L’autre chant longitudinal de la pierre présente une succession approximative de ignes verticales barrées par trois lignes horizontales.

dessins pierres gravées.GIF (9444 octets)

Tracés sur un chant de la pierre  A et sur un chant de la pierre B.

Cercle rayonné et décoré, étoile à cinq branches, cercle avec sécantes etc...…

 

mar relevé des carrés par frottis.JPG (41114 octets)   Relevé par frottis. Traces de lignes sous-jacentes. La pointe du compas est bien marquée ainsi que les arcs de cercle du côté droit. Les deux autres tiers de la pierre sont occupés par des figures assez semblables mais dont le tracé est maladroit voire confus. D’autres lignes interfèrent avec ces modèles. Ces quelques exemples sont loin d’être exhaustifs. Un relevé plus précis est nécessaire après séchage complet et en utilisant, dans un premier temps, une lumière rasante.

Dimensions des pierres en centimètres ( L x l x h )

Pierre A : 87 x 37.5 x 14

Pierre B : 83 x 38 x 14

La marque des pointes du compas indique un frottement important sur la pierre, allant jusqu’à la creuser sur plus d’un millimètre.

La céramique 

  Des carreaux de pavement ont été mis à jour lorsque les pierres ont été extraites de leur logement. Seuls ceux qui sont tombés de la coupe ont été collectés. Auparavant, des carreaux de pavement de Chaalis avaient été déjà mis à jour lors des fouilles de 1865 et de 1966 mais aussi lors des différents travaux effectués sur le site tout au long du XIXe siècle. Certains sont conservés au musée de Senlis, d’autres au musée de Chaalis. Thermoluminescence et analyse des mortiers et des glaçures apporteraient des renseignements propres à déterminer la datation mais aussi les modes de facture et de pose de ces éléments. Les plus grands carreaux mesurent environ 10 cm de côté et les plus petits, 2.5 cm.   Certains d’entre eux présentent des incisions destinées à faciliter la découpe en triangle lors de la pose, d’autres ont été découpés lors de la pose. Le jaune et le vert l’emportent. Les navettes sont bicolores : fond en rouge et motifs en losange et bordure en jaune. Une autre forme apparaît mais il faudrait avoir d’autres exemples pour la décrire avec précision (forme du pré-découpage).

  Tous les éléments recueillis semblent avoir participé à l’élaboration d’un pavement ouvert (rosace ? mosaïque ?). L’oblique de la plupart des chants semblerait confirmer cette hypothèse.Une navette de forme semblable a été décrite dans son inventaire de la tuilerie de Commelles par . Blary mais il indiquait une couleur différente : glaçure verte sur fond jaune. Aucun autre motif sur les éléments recueillis sous les pierres.

Mar romaine.jpg (27138 octets)

 

Jeu du "filet". Basilique julienne

  À la suite d'un certain nombre d'observations, il semble légitime de proposer une explication pour une partie des dessins de la première pierre découverte.

Jeu de marelle assise.

  1. Historique

Ce jeu de marelle était connu dans l'antiquité égyptienne (temple de Kurna, vers -1440), grecque (Acropole d'Athènes), romaine (basilique Julienne, -53) mais aussi au Sri Lanka sous le règne de Mahadithika Maha-Naga (9-21). En Europe, nombreux sont les lieux où l'on a retrouvé le tracé de ce jeu : tombe irlandaise de l'âge du bronze, tombe Viking, glyphes sur les rochers en Istrie, dans des abbayes ( Whitby, Westminster), dans des cathédrales (Canterbury), dans des châteaux (Helmsley castle, château de Loches), des églises (Pickering church), dans des villages médiévaux ( Warram Percy ou Cochem en Allemagne). La littérature n'est pas en reste et Shakespeare évoquait ce jeu dans A Midsummer Night Dream (Le Songe d'une Nuit d'Été) : "The Nine's men Morris is filled up with mud" (Le jeu de marelle est plein de boue).

  La dénomination est elle aussi très variée : Merelles, merills, merreles, merrels, merrelus, marels, marelles, marills, Mühlespiel, muller, morell,morelles, molenspel, mills,mylla, mlynek, mylta, morris, jeu du filet, jeu de marelle, jeu du charret, jeu du moulin, nine's men Morris. En France, ce jeu de marelle, pour la distinguer de la marelle traditionnelle où l'on poussait du pied une petite pierre sur un parcours préalablement dessiné sur le sol (XIVe ; marrele " jeton " XIIe ; peut-être préroman marr "pierre" ) on la qualifiait de marelle assise.  

  

Mar loches.jpg (34861 octets)

Jeu de marelle : château de Loches.

 

  Le dessin, parfois reproduit sur une paroi verticale, pourrait alors avoir une connotation symbolique comme celui des marelles debout où l'on doit gagner le paradis en évitant les embûches du monde infernal.

  1. À Chaalis

Dans la mesure où les chants des deux pierres sont aussi gravés, on peut penser que ces pierres ont été utilisées avant leur pose ou après leur dépose dans la chapelle latérale.

Dans la littérature, le XIVème siècle semblait avoir été friand de ce jeu de marelle ; or les chapelles latérales de Chaalis, d'après la structure des bases de piles, datent de cette période.

Difficile de dire s'il s'agit de gravures réalisées par des moines ou par des maçons. L'utilisation fréquente du compas (marques profondes de la pointe) pour tracer d'autres formes pourrait faire pencher pour la deuxième hypothèse. À Chaalis, comme au château de Loches, on peut observer trois dessins contigus assez semblables.

L'étude des autres gravures est encore à faire : graffitis, jeux, outils mnémotechniques, tracés de géométrie ou de stéréotomie ? La mise en place d'un répertoire apporterait peuvent être quelques lumières sur ces dessins qui donnent de la vie à des pierres trop souvent muettes.

mar chiffrée.jpg (12216 octets)

  1. Dénomination du jeu

  Si l'on tient compte de la fréquence des appellations, on pourrait proposer en français :

Le jeu du moulin

Ce nom utilisé par les Anglo-saxons vient probablement de la forme que prend le jeu dans son évolution : les lignes (ou moulins) qui se multiplient font penser aux ailes du moulin à vent. C'est la simplicité de la mise en œuvre de ce jeu

Tracé simple donc rapide, facile à mémoriser, correspondant peut-être à un symbole profondément ancré dans la mémoire, ne nécessitant pas de support précis ni d'instrument de géométrie.
Pions faciles à trouver dans la nature, dans le domaine minéral ou végétal.

De nos jours, des grilles de Jeu de moulin sont installées dans certains parcs d'Europe, par exemple en Allemagne et dans les Îles britanniques.

Proposition

  À la faveur de cette découverte, pourquoi ne pas remettre en vogue ce jeu de stratégie, soit en diffusant sa grille et ses règles, soit en installant un de ces jeux dans le parc du domaine de Chaalis. Il serait souhaitable d'exposer alors la pierre du jeu de moulin trouvée dans l'abbatiale. La boucle serait bouclée : des élèves qui ont remarqué cette pierre jusqu'aux élèves qui s'entraînent au jeu de moulin.

 

mar marelle a et b.jpg (7939 octets)

  1. Le jeu

  Le jeu se joue à deux. Chaque joueur dispose de neuf pions identiques. Ils se distinguent par la couleur de ceux de l'adversaire. (9 pions noirs et 9 pions blancs). De petits cailloux peuvent suffire à condition qu'ils soient regroupés en deux couleurs bien marquées. Les joueurs posent un pion à tour de rôle en essayant de faire un moulin, c'est à dire en essayant d'aligner trois de ses pions sur un des côtés des trois carrés ou sur une des médianes. Lorsqu'il réussit à faire un moulin, il peut prendre alors un pion de l'adversaire à condition qu'il ne fasse pas partie d'un moulin. Une exception : lorsque l'adversaire n'a plus de pions autres que ceux qui font partie d'un de ses moulins, il est autorisé de prendre alors un pion à l'intérieur d'un de ses moulins. Chaque joueur essaie de faire le plus grand nombre possible de moulins, simples (figure A) ou doubles (figure B). Chaque pion peut glisser d'une case sur une place libre. Lorsqu'un joueur n'a plus que trois pions, il peut "sauter" c'est à dire placer un pion sur n'importe quel point inoccupé. Le joueur qui n'a plus que deux pions est battu. On peut aussi perdre la partie lorsque l'on ne peut plus bouger ses pions.

Variantes

  On peut multiplier les carrés ou augmenter le nombre de pièces. Dans l'antiquité romaine, le jeu commençait en lançant les dés à tour de rôle. À chaque coup les joueurs posaient un pion mais si un joueur tirait un double, il pouvait déjà prendre un des neufs pions de l'adversaire. D'autres variantes peuvent réduire ou augmenter les possibilités de prise ou interdire de faire des aller-retour pour défaire et refaire un moulin.