|

Ce site est optimisé pour Internet Explorer.
Thèmes
Parcours
Services
English
Informations
| |
Après restauration des fresque en 2006, la
chapelle est de nouveau offerte à la visite.
© Crédit photos : C. Vasseur. ©
Textes S.A.P. Chaalis. J.-M. Vasseur |
Des fresques
de Primatice d'inspiration religieuse.
Une uvre exceptionnelle du
Bolonais, abbé de Saint-Martin de Troyes.
Le
sujet et la conservation des peintures murales, même si ces dernières demanderont une
restauration attentive, font de cette réalisation un élément unique dans l'histoire de
celui qui fut le successeur de Rosso à Fontainebleau et avec qui il
partage, devant l'histoire des arts, la maîtrise de la Première École de Fontainebleau.
"L'art et les manières" italiennes, elles de
Michel-Ange, de Raphaël et de Corrège pour ne citer que les plus connus, inspirèrent
ensuite les artistes français et préfigurèrent le classicisme d'un Nicolas Poussin. La
cour de Mantoue allait jouer un grand rôle dans l'aventure de Primatice ; en cette cour,
non seulement il se frotta aux oeuvres de ses illustres devanciers comme Mantegna puis
Giulio Romano mais ce fut aussi par l'entremise de son prince, le duc de Mantoue,
Frédrico Gonzaga, qu'il fut appelé par François Ier.
Compte tenu des destructions et des aménagements divers, les célèbrissimes
fresques bellifontaines du Bolonais ne nous sont surtout véritablement connues
que par une multitude de dessins et de gravures. Par contre, à Chaalis, nous pouvons
admirer les fresques réalisées sur des dessins de Primatice mais l'iconographie
antérieure ou ultérieure à la création est rare. Pour l'heure, seul un bleu
du Louvre attribué à Primatice représentant Matthieu, un des évangélistes de la
fresque de Chaalis, nous est connu (communication de M. Dominique Cordellier). Un autre
dessin du Louvre présente une grande ressemblance avec le saint Jean de Chaalis (J.-M
Vasseur). Qui plus est, une esquisse conservée également au musée du Louvre offre une
certaine identité avec le personnage de Jacques le Mineur. Dans deux autres dessins, on
peut découvrir aussi une silhouette, ange et nymphe à la fois, présente aussi sur
l'Annonciation de Chaalis.Cette observation méritera ultérieurement une étude plus
précise.
Les documents comptables probants sont actuellement absents. Les comptes de Modène
et de Ferrare récemment publiés ne semblent concerner que des travaux relativement
mineurs en regard des ouvrages nombreux réalisés à Chaalis pendant cette même
période. Le nom des exécutants qui ont aidé Primatrice est encore à trouver. D'autres
travaux avaiennt été menés dans le Palais abbatial où l'on citait les chambres de
Galatée et du Paradis.
Un programme théologique explicite à
la mesure de la dédicace de la chapelle mais aussi qui s'adaptait à l'histoire
religieuse des moines blancs de Chaalis dans un royaume où la réforme huguenote
prenait de l'ampleur.L'influence italienne était incontestable mais il faut remarquer
qu'elle s'imprimait sans délais dans la culture française. La symbiose s'opérait
rapidement de facto. Impossible de dissocier les différentes formes d'art.
Dans une description de Chaalis, Gérard de Nerval , déjà cité, évoquait Francisco
Colonna, l'auteur d' Hypnerotomachia Poliphili ( leSonge de Poliphile). Le moine
vénitien qui connaissait De Re Aedificatoria d'Alberti fut traduit en français
par Jean Martin. Ce dernier avait traduit auparavant les Traités de Serlio dès
1544 (du moins les premiers tomes) avant de publier le célèbre moine véntien
puis l'Art de bien bâtir de Vitruve. Primatice et Sebastiano Serlio furent à
Chaalis dans cette même période. La présence de Serlio est avérée, par deux
fois, dont une en 1544. La description du petit jardin Renaissance de Chaalis nous permet
d'imaginer un jardin "à la Vitruve." Primatice fut un ami de
Ronsard... Tous ces artistes parcouraient l'Europe occidentale, souvent mercenaires au
service des plus Grands et leur liste est loin d'être exhaustive.
Un programme théologique à la mesure du cardinal
de Ferrare, ami de François 1er, qui postula en vain à la triple couronne.
Les oeuvres d'inspiration religieuse étant largement minoritaires dans la
création de Primatice, le décor de Chaalis n'en acquiert que plus d'importance.
Hippolyte II d'Este, abbé
commendataire de Chaalis, était le maître d'ouvrage, Primatice le
dessinateur et le peintre des fresques (avec son atelier) enfin Serlio l'architecte
du mur du petit jardin. Trois personnages illustres entre le Grand Ferrare
de Fontainebleau et l'Abbaye de Chaalis,
deux lieux où les travaux d'aménagement furent contemporrains et un moment
concomitants.
À suivre....et pourquoi ne pas écouter la musique du Picard Josquin
des Prés, maître de chapelle, vers 1494, d'Hercule 1er d'Este. La Messe
pour l'Homme Armé ? |
Les fresques Renaissance furent postérieures
denviron trois siècles à la construction de la chapelle médiévale. Actuellement,
aucun document écrit ne permet de les attribuer avec certitude mais leur facture fait
penser d'une façon irrésistible à des dessins de Primaticcio. Les dessins conservés au
Louvre ne laissent plus de doute quant à l'attribution des fresques de Chaalis.
Pour de simples raisons de chronologie, il semble justifié d'exclure une intervention de Nicolò dell' Abbate. Le champ
dinvestigation sélargirait si lon considérait d'hypothétiques
relations entre les fresques de Chaalis et celles de la villa de Tivoli. Néanmoins,
suivant l'avis de Madame Sylvie Béguin on peut penser que les fresques de Chaalis
étaient terminées lorsque commencèrent les travaux de Tivoli. Pour Monsieur Jean-Pierre
Babelon "un rapprochement déterminant doit être fait avec la décoration de la
chapelle de Guise à Paris. Elle fut aménagée par Primatice pour François de Guise et
son épouse Anne d'Este. La voûte fut peinte par Nicolò dell'Abbate. On voyait au sommet
de la voûte le Père éternel et la Trinité".
Il est bien tentant de
situer les travaux de la chapelle de Chaalis dans la période 1544-1547. La célérité
avec la quelle le cardinal de Ferrare faisait exécuter ses volontés ne peut qu'inciter
à penser que les fresques de Chaalis devaient êtres achevées pour la venue du Roi
François Ierà Chaalis, événement prévu en l'année 1544. Cette visite n'eut
jamais lieu, semble-t-il.
Sans compter les peintures
murales du XIXe siècle qui représentaient les blasons des différents abbés
de Chaalis, on peut diviser les fresques Renaissance en trois zones où sont
figurés :
 | LAnnonciation |
 | Des Pères de lÉglise, des apôtres
et des évangélistes sur les voûtains de la nef |
 | Des instruments de la Passion sur les
voûtains du chur |
- Une scène de l'Annonciation
Surmontée d'une
représentation de Dieu le Père, elle occupe l'envers de la façade. Il avait fallu
occulter lintérieur de la rosace gothique pour mettre en uvre cette vaste
fresque. Les verres créèrent par la suite de grandes différences thermiques sur le
revers de la fresque et mirent en péril son intégrité.On peut observerdes fissures de
l'enduit qui marque l'emplacement de la rose dont la taille avait été réduite lors de
la restauration du XIXe siècle.
Sujet : Dieu le
Père envoie dans toutes les directions les messagers, les anges, porter la Bonne
Nouvelle. L'archange Gabriel vient annoncer à Marie qu'elle a été choisie pour devenir
la mère de Jésus. Cette division en scène terrestre et scène céleste sopérait
déjà dans l'école ombrienne qui avait fortement influencé Raphaël pendant son
apprentissage. La composition de l'ensemble est classiquement triangulaire.
La scène se déroule devant un
temple antique circulaire, dans un espace ouvert qui laisse circuler l'air et la lumière.
À Tivoli, on retrouve la même tholos sur la fontaine du mur est du salon, temple
de la sibylle de Tibur surmonté dun aigle blanc. La dynamique du carrelage et la
perspective participent du mouvement circulaire, mouvement que lon retrouve dans la
partie céleste de la fresque. Sur la droite, la Vierge inclinée est agenouillée,
modestie et recueillement, devant un pupitre. Sur ce même pupitre recouvert d'un drap
d'autel blanc, azur et à franges dor, un livre est ouvert sur la
prédiction dIsaïe :
Voici que la
Vierge aura un enfant
Isaïe 7 :14. "C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous
donnera un signe : Voici, la jeune femmme est enceinte et elle va enfanter un fils et elle
lui donnnera le nom d'Emmanuel."
Il est à noter que les lettres
du texte hébreu sont reproduites d'une façon très approximative. Ainsi les W, N et D
sont souvent confondus. (G.Gertoux).
L'Ancien Testament : suivant
saint Paul, lAncien Testament est considéré comme une figure du Nouveau. Comme il
est inscrit sur un vitrail de saint-Denis Quod Moys velat Christi doctrina revelat (ce que cache Moïse, la doctrine du Christ le révèle).
Paul, séparant le son de la farine et
tournant la meule va moudre le grain versé
par les Prophètes et faire connaître ainsi le sens profond de lAncien Testament.
Matthieu (I, 23) selon certains, se réfère à une traduction erronée de la prophétie
dIsaïe (Jeune fille oealmah-
(néanis) et non Vierge-bethad-(parthenos) mais d'autres, plus convaincants
affirment que la traduction de la Septante est tout à fait justifiée dans la mesure où,
pour les Grecs, jeune fille ne voulait pas dire obligatoirement une fille vierge, ce qui
ne faisait aucun doute pour l'ancien peuple d'Israël.
Au milieu de ce temple
rond, païen ou chrétien, un autel polygonal, probablement octogonal. Au-dessus, une
balustrade à l'italienne et des corbeaux de pierre dorés qui supportent une corniche
paraissent limiter lempyrée. La composition évite la mise en scène fermée
dans un seul bâtiment. Comme dans Le Mariage de la Vierge de Raphaël, les
personnages disposés au premier plan n'obéissent pas avec rigueur à l'organisation
scientifique de l'espace qui est derrière eux.Il est prudent de remarquer que le tiers
inférieur de l'Annonciation ayant été fortement restauré, la scénographie a du
probablement en souffrir (modification de la largeur des colonnes par exemple). À
l'arrière-plan, des bâtiments antiques et un portique complètent un paysage qui paraît
conventionnel. Les colonnes tiennent la Terre et le Ciel séparés à moins quelles
ne les relient.
Si l'on établi un
lien entre les uvres de Pérugin et de Raphaël, Monsieur Jean-Pierre Babelon fait
remarquer que la charge symbolique est alors très forte : "comme si la Vierge était
encore, lors de la venue de Gabriel, devant le temple de Jérusalem où elle avait été
mariée. L'appel de Dieu se fait dans le respect du cadre matrimonial (de l'acceptation de
Joseph de ne pas renier sa jeune épouse) et de la vocation de la virginité."
À gauche,
l'archange Gabriel aux ailes déployées n'est pas suspendu symboliquement entre ciel et
terre. Lourdeur d'une restauration hâtive ou choix de lartiste dinstaller la
scène dans le domaine terrestre ? Plus dynamique mais non sans ressemblance,
Raphaël , avait peint au Vatican un ange chassant Héliodore du Temple et qui volait
littéralement au-dessus du sol. Quand on sait qu'Héliodore n'était autre
qu'Alphonse d'Este, le père d'Hippolyte, on ne peut s'empêcher de faire un rapprochement
entre les deux oeuvres. À Chaalis, l'archange a un bras tendu pour présenter la
fleur de lis. Lautre bras, dont lindex de la main est levé, est tenu en
arrière. Il marque le signe de l'orateur, de celui qui va annoncer. Son auréole est
absente, probable victime des repeints de la fin du XIXe
siècle, voire de ceux du XXe.
Le lis, symbole de la
virginité, rappelait aussi le temps de l'Annonciation, le printemps, le temps des fleurs.
Nazareth ne peut-t-il pas se traduire par fleur."La fleur a voulu naître
d'une fleur au temps des fleurs " (saint Bernard).
Dans l' Histoire de la
Nativité de Marie , texte apocryphe cité par Émile Male, l'Ange se
présenta pour la seconde fois devant elle :" Le troisième jour, comme elle tissait
la pourpre de ses doigts, il se présenta à elle un jeune homme dont il est
impossible de dépeindre la beauté. En le voyant, Marie fut saisie d'effroi et se mit à
trembler ; et il lui dit : ne crains rien, Marie, tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
Voici que tu concevras et que tu enfanteras un roi dont l'empire s'étendra sur toute la
terre"
Une étude plus approfondie
de la fresque devrait permettre de savoir si cet ange a été remodelé par Paul Balze,
frère de Raymond Balze qui lui aussi était un élève d'Ingres et fut Grand Prix de
Rome. Les deux frères collaborèrent souvent. Paul travaillait à des copies, des
ensemble décoratifs avec utilisation de lave émaillée alors que Raymond préférait la
grande peinture religieuse. Toutefois, Paul s'illustra aussi dans le domaine de la
peinture religieuse tel le Couronnement de la Vierge à l'église
Saint-Symphorien de Versailles. Tous les deux se firent connaître par les copies des
fresques de Raphaël au Vatican mais aussi par leur collaboration avec leur maître,
Ingres : La Source et l' Apothéose d'Homère.
Sur la ligne qui conduit de
dieu le Père à la tête de Marie, volant vers elle, la colombe auréolée du saint
Esprit. Au-dessus de l'Annonciation, à l'emplacement de la rose gothique, la vision du
Père Eternel, planant dans les nuées comme dans la vision d'Ezéchiel de Raphaël, est
encadrée par plusieurs anges qui ouvrent le passage du vent de leurs ailes et tiennent
des couronnes vertes au-dessus de la Vierge et de l'ange Gabriel, dans l'attente de
l'ascension des Élus. Tous les anges sont blonds ou roux, comme le sont aussi ceux des
voûtains.Le bas des visages des angelots et plus particulièrement leur bouche lippue ne
sont pas sans rappeler les dessins de Primatice. Leurs vêtements peuvent être pourpre,
vert, ocre ou gris.
La puissance de la
représentation nous fait penser à l'impétuosité du Michel-Ange de la chapelle
Sixtine.Le Bolognais connaissait l'uvre de Michel-Ange sur la voûte de ladite
chapelle, mais aussi par des dessins emportés vers la France par Antonio Mini, un élève
de Michel-Ange. On pourrait avancer que les fresques de Chaalis sont à la manière
du maître florentin mais une manière alliée à la sensibilité de Raphaël.
Postérieurement, dans un dessin préparatoire à la chapelle des Guise, Primatice reprit
l'organisation spaciale, le même mouvement tourbillonnant des anges de la fresque
de Chaalis, les mêmes bras tendus, les mêmes regards vers le sol éloigné.
Pour le travail
pédagogique, cette uvre serait à comparer avec lAnnonciation de
Ghirlandaio.

saint Grégoire

Fresques de voûtains
|
- Les fresques des voûtains de la nef
L'organisation de la fresque
sur les voûtains de la chapelle de Chaalis n'est pas sans évoquer celle de la Galerie
Basse de Fontainebleau. Les Apôtres, les Évangélistes et les Pères de l'Église,
installés sur les extrados des cintres de la chapelle remplaçaient les Muses de ce qui
fut la Salle du Conseil royal. L'abbé, ses hôtes et les moines en prières recevaient le
message de ceux qui ont prêché la Bonne Parole. La partie plus proche de
l'entrée présente des Pères de lÉglise (saint Jérôme, saint Augustin, saint
Ambroise et saint Grégoire). Ensuite sont figurés les Apôtres et les Évangélistes
(saint Luc, saint Jean, saint Marc et saint Matthieu). Soit un total de dix-huit
figurations. La facture de ces personnages apparaît quelque peu stéréotypée par
rapport au dynamisme des acteurs et à la profondeur de champ de l'Annonciation. Les
visages des voûtains semblent avoir été dessinés avec une application toute classique
et les regards songeurs fixent des zones hors champ sur un ciel azur et marqué de
nuées blanches. On peut observer que la palette semble de tons de pastel alors que celle
de l'Annonciation apparaît plus contrastée mais les modifications dues à l'usure
du temps ainsi qu'aux différentes restaurations incitent à une grande prudence. À noter
toutefois que le ciel bleu du XIXe siècle recouvrait un autre ciel bleu que
Gérard de Nerval avait eu le loisir d'observer avant 1853.
- Les fresques des voûtains du chur
Au niveau du chur, les fresques sur les voûtes rayonnantes
représentent des anges qui portent les instruments de la Passion, comme dans le Jugement
Dernier de Michel-Ange. L'un de ces anges est représenté, dans la position du
crucifié, ailes écartées sur la croix, pieds superposés qui semblent cloués mais en
réalité il porte simplement la croix. Les instruments de la Passion étaient déjà
représentées sur un tableau de Lorenzo Monaco daté de 1404 mais plus avant encore, à
la fin du XIIIe siècle, les anges dorés dArras portaient déjà
les instruments de la Passion. Selon liconographie de la messe de saint Grégoire,
les vingt instruments de la passion apparaissaient dans lordre suivant : Les
trois dés, le roseau, le coq, la croix charpentée ou croix de saint Antoine en forme du
tau grec, léchelle de la descente de croix, la perche où est fixée léponge
imbibée de vinaigre, la lance, les trente deniers, les trois clous, le marteau, une main
qui soufflette, une main qui arrache une touffe de cheveux, Pierre tonsuré et auréolé,
la servante (Ancilla) coiffée dun turban et dun voile blanc, la lanterne de
Malchus, la tête de Caïphe, la tête dHérode couronné, les tenailles, le fouet
de lanières de cuir, le faisceau de verges. Avec Marie, tous les personnages des
voûtains mais aussi les anges représentent des intercesseurs entre Dieu et les Hommes.
Le choix et la disposition des Apôtres, des Pères de l'Église et des Évangélistes sur
les voûtains de Chaalis ne doivent pas nous laisser indifférent.Par exemple, dans une
autre réalisation de Primatice datée de 1547, les émaux d'Anet réalisés par Léonard
Limosin, Paul avait pris la place de Jude Thaddée. L'icône de l'apôtre soldat, le plus
ardent des apôtres, assiégé par les soucis que lui donnent les Églises, prenait-elle
une valeur plus combative dans cette période de troubles religieux ? L'avait-on écarté,
dans un premier temps parce que trop marqué comme étant un des guides de la Réforme ?
Si l'on considère les personnages hiératiques des émaux, on ne peut éviter de penser
au saint Pierre de Mantegna du rétable de San Zeno. Mantegna, le peintre
officiel de Ludovic de Gonzague à Mantoue qui selon Vasari mit au point la technique du sotto
in su (perspective en contre-plongée dans la peinture des plafonds) comme dans la camera
Picta du Palais de Mantoue. Nul doute que Primatice suvit avec talent son glorieux
prédécesseur et perché sur ses épaules en fit avancer le procédé plus avant.
À Chaalis, les personnagse des
voûtains vont par deux, représentés symétriquement par rapport à l'axe de la courte
nef. Près de la porte, deux pères de l'Église, Grégoire et Augustin puis les apôtres
Jude et Barhélémy, Mathias et Thomas, les pères de l'Église Jérôme et Ambroise (de
dernier étant cher à Hippolyte qui fut un lointain successeur d'Ambroise à
l'archevêché de Milan), les évangélistes Matthieu et Luc, les apôtres Philippe et
Simon, Jacques le majeur et Jacques le mineur, les deux autres évangélistes Jean et Marc
enfin les apôtres André et Pierre.
Les ressources iconographiques de la
Renaissance mêlaient les influences antiques et chrétiennes. Les figurations
multipliaient les énigmes. Les fresques de Chaalis inspirent de nombreuses
interprétations. On peut proposer à limagination du visiteur quelques signes de
reconnaissance. |
|
|

Plan de la chapelle

Anges de l'Annonciation

Le voile de
Véronique
|
Ouverture sur la symbolique de
quelques composantes de la fresque
Létude de
lAnnonciation nous invite à observer les personnages, les animaux, les fruits et
les objets installés dans une scénographie architecturale.
- Des anges comme des nymphes
On peut suggérer
une autre interprétation de la partie sommitale de la fresque de lAnnonciation. À
limage dHercule, lhomme qui devint dieu après la purification par le
feu de son corps terrestre dans le bûcher du Mont ta, les âmes pures purgées des
vices et des passions sélèvent vers le séjour des bienheureux comme celle
dHippolyte dEste qui a su fuir le dragon éveillé des passions. Dans ce
voyage, les âmes sont souvent assistées par des nymphes porteuses de couronnes et de
palmes, autant de symboles de la victoire sur la mort. À Chaalis les anges aux corps de
nymphes emportent lâme dans un tourbillon divin irrésistible qui les entraîne
dans les trois dimensions, presque malgré leur volonté. Laissons le soin aux visiteurs
de juger du sexe des anges peints à gauche et de la nature de ces longues
jambes fuselées qui s'échappent des robes entrouvertes des anges de droite !
Létrange nudité de ces représentations fut remarquée à la fois par Gérard de
Nerval, par les historiens de la fin du XIXe siècle mais aussi par Émile Male
qui fut conservateur de Chaalis. Elle était pourtant assez fréquente dans l'art de cette
période mais c'est probablement sa présence dans une chapelle abbatiale qui continuait
de choquer les différents visiteurs alors qu'elle ne pouvait choquer dans la galerie
basse de Fontainebleau.On observe ainsi le peu de différence qui existe entre
l'inspiration antique et l'inspiration chrétienne quant à la représentation des
personnages. Dans deux scènes de Primatice, le visage de Pénélope et ceux de Marie et
d'Élizabeth se ressemblent étrangement. À vrai vrai dire cette relation
intime n'était pas du seul fait des artistes. Elle imprégnait déjà tout le Moyen
Âge et marquait spécialement la "Renaissance de 1200".
Le voile de
Véronique associé aux instruments de la Passion
Sur le plan qui
suit, il est représenté sur le voûtain D du chur. Dans des récits
apocryphes, largement diffusés au Moyen Âge, on décrivait le plus souvent comment le
visage du Christ était resté imprimé sur un voile tendu par une jeune vierge
compatissante au bord du chemin de croix. Cette tradition ne semblerait pas remonter
au-delà du VIe siècle. Vera icona, la vraie image. On peut
rapprocher cette représentation avec des textes bibliques :
Puis Dieu dit :
Faisons l'homme à notre
image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les
oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les animaux qui rampent
sur la terre.Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la
gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire, comme
par le Seigneur, l'Esprit .
Pour le
chrétien, imiter, c'est aussi souffrir à l'image du Christ. Il est important de noter
que dans le Moyen Âge finissant, le rapport à limage sétait
considérablement modifié. Licône nétait plus une simple représentation
mais une présence réelle qui pouvait intercéder ou protéger, devenant miraculeuse en
captant tout ou partie des propriétés de la puissance divine représentée. À
lexemple des reliques, elle était parfois le siège de manifestations
surnaturelles comme le saignement ou la parole. Elle devenait image de dévotion
propre à la prière. On peut rapprocher cette représentation du voile de Véronique de
Chaalis avec celle dun livre de piété dédié à la Sainte, conservé à la
bibliothèque de Rouen, daté du premier quart du XVIe siècle. Les voûtains
de la chapelle deviennent alors des ostensoirs et proposent aux fidèles une approche
visuelle propre à apaiser leur angoisse. Licône devient magique et par là
souvre à dautres mystères comme ceux de lantiquité païenne.
Une image qui
enseigne et qui protège.
Le modelé du visage du Christ dans la troisième dimension ne fait que renforcer la
vocation dintercession de limage, un souffle entre le visible et
linvisible. Le voile animé. Un souffle mais aussi une illusion, une fable, un
miroir qui révèle en même temps quil recouvre, voire quil dissimule,
lénigme.
Image et
magie.
Le voile de Véronique nest pas le seul voile présent dans les fresques de Chaalis.
Des voiles entourent également la représentation de Dieu le Père, au sommet de la
voûte céleste, lors de lascension de lâme vers lempyrée rayonnant.
Limage du Père Éternel du plafond de la salle de Noé dans la villa Tivoli,
nest pas sans rappeler celui de Chaalis : vieillard chenu au long manteau mauve
agité par le Souffle, disparaissant à mi-corps dans les nuées.Pour compléter ces
quelques indications, on peut noter que pour certains historiens le voile de Véronique
représenterait le doute de lartiste face à la séduction de l'image et à la
légitimité quil peut avoir dans limitation et dans la re-production de
limage du Christ ou de toute uvre du Créateur.
|
|
|
Personnages |
Histoire religieuse |
Attributs apparents |
| 1 |
Saint
Grégoire* |
Grégoire
le grand : Pape en 590 |
Tiare,
croix, colombe |
| 2 |
Saint
Augustin * |
Evêque
dHippone (Annaba) en 395 |
Livre,
cur transpercé, ange à la coquille |
| 3 |
Saint
Jude Thaddée |
Apôtre |
Cognée
(hache) |
| 4 |
Saint
Barthélemy |
Patron
des travailleurs du cuir. |
Couteau,
poignard. Écorché, portant sa peau |
| 5 |
Saint
Mat(t)hias |
A
remplacé Judas Iscariote après sa trahison. |
Doloire. |
| 6 |
Saint
Thomas |
Patron
des juges et des architectes. |
Equerre,
ceinture de la Vierge, lance |
| 7 |
Saint
Jérôme * |
Cardinal,
traducteur de la Bible en latin. |
Lion,
chapeau de cardinal, Bible |
| 8 |
Saint
Ambroise (Évêque) * |
Evêque
de Milan en 373 |
Crosse,
ruche, fouet à trois lanières |
| 9 |
Saint
Matthieu |
Patron
des banquiers et des agents du fisc |
Livre
ou rouleau, épée, bourse, hache ou hallebarde |
| 10 |
Saint
Luc |
Patron
des peintres et des médecins |
Taureau |
| 11 |
Saint
Philippe |
Apôtre |
Croix
à longue hampe et livre |
| 12 |
Saint
Simon |
Apôtre |
Scie |
| 13 |
Saint
Jacques le Majeur |
Apôtre |
Bourdon,
chapeau à coquille, épée |
| 14 |
Saint
Jacques le Mineur |
Apôtre |
Livre,
bâton de foulon, costume épiscopal |
| 15 |
Saint
Jean l'Évangéliste |
Patron
des libraires |
Aigle,
cuve dhuile bouillante, serpent, dragon sortant dun calice, livre |
| 16 |
Saint
Marc |
Patron
des écrivains et des scribes. |
Lion,
instruments pour écrire, livre |
| 17 |
Saint
André |
Apôtre |
Croix
en X, croix à branches droites |
| 18 |
Saint
Pierre |
Apôtre |
Clés,
coq
tiare papale |
Noms soulignés : les Évangélistes
Noms en lettres vertes : les Apôtres
Noms suivis d'un astérisque (*) :
les Pères de l'Église |
Les pommes d'or

c. La devise
d'Hippolyte II d'Este
Près des armes de
la famille d'Este entourées par la lettre E (initiale de Ercole et
de Este) et qui dominent (apparemment sans modestie) la représentation du Père
Éternel on peut observer dans les écoinçons des voûtes, des fruits bien
particuliers : les pommes dor (ou les fruits dor). Dans la mythologie
grecque, ces fruits ont été offerts par Gaia, la terre à Héra lors de son mariage avec
Zeus.On les retrouvent à maintes reprises dans la décoration de Tivoli. Ces
"pommes" étaient gardés dans le verger des dieux par trois vierges aux voix
claires, les Hespérides, aidées par un dragon nommé Ladon.Ils furent dérobés par
Héraclès-Hercule sur lordre dErysthée. Lors de sa quête, Hercule prit
conseil auprès de Nérée dont le domaine se situait dans le delta du Pô, dans la
région de Ferrare. Nérée lui conseilla de ne pas dérober lui-même les fruits.C'est
donc Atlas qui se chargea de la besogne après qu'Hercule eut tué d'une flèche le dragon
Ladon. Cet acte héroïque constituait un de douze travaux d'Hercule. Le thème du dragon
nest pas seulement évoqué par la présence de Ladon dans la mythologie antique
mais aussi par un appel nominal : de part et dautre de la fresque, dans un
phylactère enroulé autour dune branche où sont accrochées des pommes dor,
on peut lire linscription :
À gauche : DRACONE NON CUSTODITA INSOMNI AB
À droite : AB INSOMN. I NON CUSTO. DITA DRACONE
Cette devise, la devise dHippolyte II dEste, figure à
Tivoli dans un ordre légèrement différent. On peut lire :
ab insomni non custodita dracone
Les fruits qui ne sont pas gardés par le dragon en éveil
Cette sentence est très proche dune phrase des Métamorphoses
dOvide (vers 190 du livre IX)
Poma ab insomni concustodita dracone
Les fruits bien gardés par le dragon qui ne connaît pas le sommeil.
Il y a une différence importante entre ces
deux phrases : Ovide écrivait "concustodita" alors que dans la devise
dHippolyte il était écrit "non custodita".Peut-être que cela n'était
qu'un jeu de mot ou simplement une erreur. Quoi quil en soit, ces fruits dor
sont bien ceux du jardin des Hespérides, le jardin des dieux, que lâme vertueuse
et pure dHippolyte sen va rejoindre, symbole dimmortalité de
lâme purgée après lépreuve à laquelle elle fut soumise. Dans un court
poème Marc-Antoine Muret évoquait les fruits dor du héros éponyme
dHippolyte :
Les Pommes dor
quHercule ravit au dragon endormi
Hippolyte les possède aujourdhui ;
Pour célébrer la mémoire de ce bienfait,
Il décida de consacrer ce jardin à lauteur de ce don.
Hercule à Modène et Ferrare
Symbole de rectitude morale dans le
gouvernement, Hercule devient un précurseur de David. Héros de Florence et des Médicis
(Côme lAncien pour renouer avec la tradition dans le palazzo vecchio mais aussi
Laurent). Hercule, défenseur des faibles contre les
forts. Léon X (Léon=lion dHercule) en 1515, lors de son entrée triomphale à
Florence poursuit la tradition familiale en saccaparant la symbolique
dHercule. Personnage également
important à Ferrare. Lhéraldique justifiant la succession souvent opérée par des
bâtards. Et aussi en France ! En 1515, les jeunes filles étaient Claude qui
avait fait donation du duché de Milan à son royal époux, François Ier,
et Renée de France, sa belle soeur qui avait aussi fait également présent de ses droits au roi. Atlas était
Massimiliano Sforza, le dragon, lours helvète.
|

Le blason du cardinal
entouré des deux lettres E dans la panse desquelles s'enroulent les rameaux aux
pommes d'or |
Au Moyen Âge, les extraits de
lÉcriture ou de la vie des saints étaient souvent copiés dans les phylactères,
en assurant la diffusion et faisant partie intégrante de luvre dart de
piété. À la Renaissance des textes profanes sinscrivaient non seulement dans
licône mais plus encore dans sa partie supérieure, espace réservé de
lélévation de lâme. La proximité des armes de la famille d'Este
nétait pas fortuite car Hercule était lancêtre mythique de la famille
dEste. Ainsi le frère et le grand-père du cardinal Hippolyte II se nommaient-ils
tous les deux Hercule (Ercole). . Si lon peut s'étonner
de ne compter que douze houppes au blason du cardinal (le blason visiblement restauré à
plusieurs reprises correspond à celui d'un évêque), il nen demeure pas moins que
les fleurs de lis et surtout laigle blanche
omniprésente à Tivoli sont des insignes incontestables.
|

|
Le
lis, symbole virginal, marial, symbole trinitaire mais aussi évocation de la Maison de
France. On retrouve le lys avec la même disposition sur le sceau de César Borgia,
loncle, ô combien célèbre, dHippolyte II.
d. Les lys étaient
présents en deux et un sur les armes du marquisat de Ferrare, concession semble-t-il de
Charles VII en 1431. |
 Croquis M.
Poncelet, architecte des M.H. |
d. Laigle blanc solaire Après
le lion, laigle est lanimal le plus représenté dans lhéraldique
médiévale. Antinomiques comme létaient lours et le sanglier pendant le Haut
Moyen Âge , ils sont tous les deux symboles du pouvoir, laigle étant très
présente dans lEmpire et le lion plutôt signé par les adversaires de
lEmpereur germanique.
Faut-il pour autant restreindre ainsi la
symbolique de laigle des Ferrare ? En tout état de cause, Hippolyte ne saurait
être assimilé à un féal de lEmpereur. Nest-ce pas Charles Quint, qui
prétextant entre autre lattitude très francophile dHippolyte II dEste,
fit échouer la candidature du cardinal au siège de saint Pierre ?
Il faut peut-être alors se tourner vers une symbolique
différente. À Tivoli, le blason dHippolyte peint dans la salle dHercule
présente une aigle blanche, tenant en son bec un rameau chargé de fruits dor. Pour
G. Desnoyers ces pommes de limmortalité qui ne sont plus gardées par le
dragon éveillé, sont une allégorie de lâme immortelle du cardinal à nouveau
étincelante et pure comme les fruits dor
libérée de la gangue des passions
du corps soumises au dragon de la nature, emportée par laigle blanc solaire. Le
Soleil à lorigine et à la fin de tout, ce même aigle blanc que lon
trouve sous la tête dOrphée peint sur un voûtain du salon, allégorie du char du
soleil et qui emporte les âmes pures en un mouvement vertical de lâme confiée à
la sibylle rédemptrice, cette antique femme devineresse inspirée qui prédisait aussi
lavenir. Selon Émile Mâle, la symbolique médiévale retenait l'aigle comme étant
le signe de saint Jean parce que dès l'abord il nous transportait au sein de la
divinité, semblable à l'aigle qui seul de tous les animaux, regardait le soleil en face.
Il figurait aussi l'Ascension : Jésus s'éleva comme l'aigle qui monte jusqu'aux nuages.
Il représentait également une vertu : pour être digne d'être sauvé il fallait comme
l'aigle pouvoir contempler en face les choses éternelles.
Lors de la restauration du XIXe
siècle, les trois aigles furent probablement installées sur le faîtage de la chapelle
(voir croquis précédent).
Nda. La restauration du XXIe
aurait pu aussi prendre en compte la couleur blanche en "dorant" ces aigles au
palladium.
e. Le dragon
La présence du dragon dans une Annonciation ne peut
dispenser dévoquer l'Apocalypse de Jean. Après avoir échoué dans le ciel, Satan,
sous la forme d'un dragon, tenta de prendre sa revanche contre la Femme en lui lançant
des flammes. Enceinte, elle fut menacée par ce dragon à sept têtes qui se tenait prêt
à dévorer lenfant dès sa naissance. Mais cet enfant fut emporté auprès de Dieu
pendant que Michel et ses anges précipitaient sur terre le dragon vaincu. Il poursuivit
aussitôt la femme mais celle-ci lui échappa grâce aux ailes du grand aigle que lui
remit un ange. Elle trouva ainsi refuge au désert. Le dragon lança alors un fleuve pour
quelle soit emportée par les flots mais la terre sentrouvrit alors et
engloutit les flots. La Femme était sauvée.
|
 Marie, Annonciation
au revers de la rosace, restauration important au XIXe.
Photo C. Vasseur |
f.
La prééminence de Marie
Annonce de la fin des temps ?
Le culte marial se développait dès lan mil. La Vierge apparaissait déjà en
majesté à Robert, abbé de Mozat (manuscrit rédigé en 984 et recopié vers 1000).
Suivant la tradition patristique, Marie devint objet de médiation ; elle était alors une
nouvelle Ève, réparatrice de la faute originelle de l'humanité. Cette médiation
maternelle conduira saint Bernard à considérer Marie comme mère de l'Église, voire
l'Église elle-même. Il voyait en elle l'épouse du Cantique des Cantiques et les
églises cisterciennes furent dédiées à la Vierge. Le culte marial s'installa ensuite
dans les cathédrales Notre-Dame, sous linfluence probable des évêques
cisterciens.. Ce symbole perdura dans labbaye avec la présence de Marie sur la
fresque de la chapelle de Chaalis. Si le culte de dulie était le culte des saints à qui
le croyant sadressait comme à des serviteurs de Dieu, à la fin du Moyen Âge, il
fallut créer un culte dhyperdulie pour encadrer le sentiment de piété qui
plaçait Marie au-dessus des saints.
Marie la nouvelle Ève
"Ave Eva"
Sur la fresque de Chaalis, Marie est agenouillée dans l'attitude du
vassal soumis. Le voile virginal, le voile de la divine épouse est translucide, ourlé et
plissé avec grâce sur des cheveux blonds dénoués et ondulés. Deux ovales dorés
continus délimitent l'auréole. À l'intérieur du plus petit, un troisième cercle
marqué de points d'or légèrement ovés. Au lobe de l'oreille, une boucle à laquelle
pend une perle. Une dentelle blanche délicate au col de la robe marqué par un large
chevron. Sur l'épaule, le manteau bleu est bordé de brocart au fil
d'or dont les motifs séparés par des points sont semblables à ceux du carrelage
de la rotonde. Avec légèreté, les mains sont jointes pas l'extrémité des doigts. Une
fine dentelle blanche marque le poignet. Le genou droit est en terre. La jambe gauche est
à moitié fléchie et dans cette posture, le pied à la verticale ne s'appuie que sur
l'extrémité des orteils. Au Moyen-Âge, il eût été inconvenant voire hérétique de
présenter la Vierge, les pieds nus, cette nudité des pieds étant réservée à Dieu, à
Jésus-Christ, aux Anges et aux apôtres. Les mains jointes ressemblent fortement à
celles d' Élizabeth peinte sur le tableau La Sainte Famille avec Élizabeth et
Jean-Baptiste : Le Primatice, 1541-1543, huile sur ardoise. Musée de
l'Hermitage à Saint Petersbourg (voir reproduction ci-après). La représentation est
fortement marquée par la restauration du XIXe et il est à redouter que les
peintres restaurateurs de ce siècle ne se soient pas contentés de repeints à l'huile.
Ils ont probablement détruit jusqu'à l'enduit qui supportait les fresques Renaissance.
Le visage de la Vierge est assez proche d'un modèle Primatice mais la chevelure et le
voile semblent s'en éloigner. Le manteau marial qui isole et qui protège est de facture
Renaissance mais ce n'est peut-être là qu'une impression.La reprise d'un modèle
d'orteil pour le moins curieux semble indiquer le respect du restaurateur du XIXe
par rapport au dessin original peu complaisant pour l'anatomie de la Vierge à moins que
cela ne participe d'une maladresse de forme.
Marie, la nouvelle Ève mais
aussi lantique Isis
Le grand-père dHippolyte, le pape Alexandre VI
qui réhabilita Pic de la Pirandole et se fit peindre en Osiris par Pinturicchio dans les
appartements des Borgia du Vatican, participa à la réhabilitation d'Isis aux nombreux
noms, Isis, la mère universelle. Parmi les différentes nominations, comment ne pas
retenir celui de la Mater Matuta, vénérée à Rome, célébrée lors des fêtes des
" bonnes mères " dans un temple circulaire.
|

Ci-contre, détail de
l'Annonciation.
Revers de la façade de la chapelle. Photo
C.Vasseur |
g. La
tholos
Si l'on ne retenait pas l'hypothèse première du temple de Jérusalem, la
tholos de la fresque de Chaalis pourrait-elle représenter celle dÉpidaure, le
temple dAsclèpios, cet édifice oraculaire de la cité du Péloponnèse ? Une
autre référence pourrait le faire penser : Hippolyte, le fils de Thésée, avait
été accueilli par le héros Asclèpios qui le soigna en utilisant le don dAthéna,
celui de pouvoir ressusciter les morts en utilisant le sang du côté droit de la Gorgone.
Asclèpios, fils dApollon, eut aussi un sanctuaire renommé à Athènes. Il y était
souvent associé à Isis. Au début du IIIe siècle avant J.-C.
le sanctuaire dÉpidaure fut transféré sur lîle Tibérine à Rome.
Plusieurs représentations de tholoï figuraient sur les fresques de la villa dEste.
Sur la gravure de Rome inspirée par Ligorio, le temple dAsclèpios
avait été remplacé par celui dIsis.Quoi qu'il en soit, ce temple semble sans
couverture. L'air et la lumière y circulent librement comme pourpermettre la montée des
âmes vers l'empyrée.
Remarque : dans la mesure ou le tiers inférieur de
l'Annonciation a été fortement restauré, il faut rester prudent quant à
l'interprétation des éléments architecturaux. |
 Détail
de lAnnonciation

La Sainte Famille avec Élizabeth et
Jean-Baptiste .
Le Primatice, 1541-1543, huile sur
bois.
Musée de l'Hermitage à Saint Petersbourg. |
h.
L'architecture
L'architecture
est d'inspiration antique ou du moins antiquisante. La prééminence de l'architecte sur
sur les autres artistes mais aussi la polyvalence des créateurs de cette période
confère un rôle esssentiel à cet art. À Chaalis, pas de mise en scène de l'oeuvre
picturale avec stucs, colonnades, sculptures en ronde-bosse et médaillons. L'oeuvre
s'organise, se glisse dans les éléments gothiques, les espaces qu'ils délimitent et
s'adapte à la lumière des lieux.La peinture elle-même est à trois dimensions et l'on
peut y reconnaître l'organisation de l'espace de Primatice, gourmand spécialiste de la
perspective di sotto in su (se référer au dessin pour la voûte de la galerie
d'Ulysse, au palais de Fontainebleau). La colonne et non la pile, qui dessine les espaces
et de sa part sa forme circulaire, fait passer de l'ombre à la lumière.
Le bâti peint sur l'
Annonciation peut susciter quelques remarques. Le portique qui surmonte la Vierge fait de
la représentation une Vierge italienne bien différente de la Vierge flamande souvent
installée dans le calme d'une chambre ou d'une cellule.
La tholos déjà
évoquée pour sa symbolique est d'une facture qui pourrait rappeler une uvre de
Bramante : le Tempietto de San Pietro in Montorio, variation sur la Tholos du forum
Boarium et sur le temple de Vesta à Tivoli. Cependant, à Chaalis, dans les premiers
plans, de nombreux éléments d'une architecture de décor sont d'inspiration différente,
s'éloignant de l'antique classique."La forme ronde est simple, uniforme, puissant et
spacieuse. Nous la choisirons pour nos temples auxquels elle convient fort bien"
indiquait Palladio. Allusion ensuite à la forme circulaire pour honorer les astres qui
tournent éternellement.Lieu de mémoire mais aussi support de la mémoire. L'architecture
participe pleinement à la dialectique.
La verticalité des
structures est en accord avec le thème de l'élévation de l'âme mais les rythmes
courbes sont aussi très présents sur les différents plans. Les colonnes ne semblent pas
supporter de couverture. Au-dessus delles, une balustrade et un balcon monumental
reposant sur des corbeaux de pierre. Les arcs et portiques installés dans des plans
différents donnent néanmoins l'impression de guider le spectateur vers la lumière. Tout
au fond, deux personnages, seule présence réaliste dans un décor de théâtre. Le
premier, tournant le dos à la scène, regarde de lautre côté du muret en
direction de ce qui pourrait être un jardin. La jambe droite fléchie en arrirèe, la
pointe de pied sur le sol, la jambe gauche, en appui, tendue, il est accoudé sur le
muret qui lie la colonnade. Il semble vouloir deviser avec un autre personnage à
demi caché par une pile et qui s'appuie sur une colonne. Le tracé de l'ombre est
toujours d'une grande exactitude. Un tel procédé qui donnait de la profondeur de champ
à la scène peut se retrouver dans de nombreuses uvres de la même époque ; il en
était ainsi dans Ulysse et Pénélope, une autre uvre de Primatice. Un
procédé déjà employé par Giulio Romano, un des maîtres du Bolonais ; Girolamo
da Carpi adopta aussi cette technique.Les chapiteaux ont un profil ionique ou composite.
Larchitecture monumentale semble se prolonger vers la gauche de la fresque. Le style
est celui de la quadrature chère aux maniéristes qui utilisaient l'illusion de la
perspective, pour élargir l'espace par une architecture en trompe-l'il qui occupait
tout l'espace. Certains tracés préparatoires sont encore visibles sur la partie de la
fresque restaurée au XIXe.
On pourrait parler d'une
architecture de l'improbable ou pour le moins d'une scénographie.
Si l'on considère la
typologie, il est difficile d'affirmer que l'ordre corinthien qui selon Serlio devait
servir les églises dédiées à la Vierge correspond à celui des différentes piles
représentées sur la fresque de Chaalis. L'absence de joints visibles entre les tambours,
la couleur et l'aspect marbré, poli et brillant de la surface des colonnes évoquent
l'utilisation du stuc qui connaissait une nouvelle faveur avec Jules Romain, Primatrice et
l'École de Fontainebleau. Sans être totalement atrophiées, les bases circulaires se
réduisent à deux tores séparés par un cavet évasé vers le bas. Par contre, les
supports bordés de plinthes moulurées du temple ont pris une hauteur considérable. Ils
ne sont pas sans rappelés le rythme des merlons du mur de Serlio. Ces piles se trouvent
de nombreuses fois dans l'oeuvre de Primatice ainsi que de la modénature des châpiteaux
ou des architraves, souvent raitée à contrejour.Lattitude du personnage céleste
le plus à droite renforce limpression de hauteur. L'étude du mouvement (le souffle
qui anime à la fois les scènes terrestre et céleste) mais aussi la position des corps
dans l'espace ou leur attitude sur le sol, l'étude de la lumière et des ombres portées,
celle du volume souligné par les traits entrecroisés comme dans le dessin pour le
plafond de la Galerie d'Ulysse à Fontainebleau, l'allongement des formes qui fait penser
à Parmigianino mais aussi les couleurs pastel aux pigments souvent employés sans
mélanges ne seraient pas sans intérêt pour préciser le style maniériste voire
typiquement Primaticien des fresques de Chaalis.Cette architecture dont le tiers
inférieur avait été modifié au XIXe ne respectait pas totalement les
règles de la perspective comme cela était souvent dans les uvres de Primatice.
Comment ne pas citer celle qui organisait l'espace dans la Sainte Famille avec Jean et
Elisabeth ? Mêmes arcades sur la droite et même construction
circulaire sur la gauche. Une fois encore, on ne peut pas passer sous silence ces
similitudes lorsque l'on évoque l'attribution des fresques de Chaalis .
Sur la peinture de Saint-Petersbourg, le
décor en amphithéâtre aux gradins circulaires surmonté par un portique ionique double
s'ouvre sur le ciel, une architecture qui tirait ses sources des jardins suspendus
de Sémiramis et que Colonna se plaisait à décrire, une architecture déjà présente
chez Mantegna. |
 
|
Les autres éléments du décor de la chapelle
Parmi les objets présents
dans la chapelle et installés par Mme Jacquemart-André, on peut retenir .
 | Un retable de pierre peint du XVIe
siècle présentant les douze apôtres et installé postérieurement sur l'autel. |
 | Des ouvrages italiens du XVe siècle
: bénitiers et tabernacles
monuments funéraires, armoiries comme celle des Buratti,
Florence, XVe siècle qui ressemblent à celles de la reine Marie Leczinska. |
 | Un gable
élégant surmontant la piscine située à droite de l'autel et à gauche de la tapisserie
offre un décor comparable au tympan du portail d'entrée.
|
|


|
Le
mur crénelé de Serlio
Le mur crénelé qui
s'ouvre sur la roseraie par un large porche surmonté des armes d'Este est attribué à un
dessin de Serlio.
D'abord peintre en
perspective, cet architecte et théoricien de l'architecture italienne vint à
Fontainebleau vers 1541 sur l'invitation de François Ier. Il connut une longue
série d'échecs pendant son séjour en France ; par exemple son projet pour le Louvre
devait être abandonné au profit de celui de Lescot. Quelques années plus tard, il
donnait des dessins pour l'hôtel de Ferrare à Fontainebleau. Il fit au moins deux
séjours à Chaalis. À Fontainebleau, il travailla avec Primatice aux Armoires du Cabinet
du Roi vers 1547. À la même époque, on retrouvait son inspiration dans l'architecture
du château d'Ancy-le-Franc, en Bourgogne. Le mur crénelé de Chaalis est assez semblable
à celui du Grand Ferrare. À Fontainebleau il marquait l'entrée principale alors
qu'à Chaalis il correspondait à l'entrée du petit jardin Renaissance implanté à l'est
dans la grande clôture. Le fronton du portail de Chaalis est en outre surmonté d'une
construction tripartite destinée à recevoir un blason : celui d'Hippolyte ou celui de
Louis. Cette construction a été ajoutée postérieurement comme on peut le remarquer sur
la photographie du portail vu du petit jardin Renaissance (la roseraie actuelle). À noter
que ce blason ne comporte que vingt houppes au lieu des trente houppes du blason
cardinalice. Sous l'abbatiat d'Hippolyte, dans ce petit jardin, avaient été installées
une pergola de bois couverte de feuilles de plomb et une volière. On y avait planté des
buis, des framboisiers, du thym, de la marjolaine, du romarin, de la lavande, du basilic,
ainsi que des asperges et de nombreuses laitues. |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|